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Cheminement

J’entre dans l’écoute du monde intérieur, dans un travail parallèle avec l’expérience continue en moi de la psychologie des profondeurs et ma soif spirituelle. L'ouverture à la vie silencieuse et méditative me prépare avant de commencer mon travail.

A partir de formes qui peuvent parfois surgir de manière chaotique, j’observe qu’un certain ordonnancement est à l’œuvre. Un fil conducteur chemine sur la toile, comme si une force unitive opérait, à la recherche d’une cohérence, d’une harmonie, de la lumière que je cherche à traduire et qui se dérobe parfois aussi vite qu’elle est apparue.

Ecouter tous les mouvements de l’être, entrer dans le creuset alchimique, jouer des nuances, des couleurs, des vibrations, des textures, des écritures. Voyager dans l’infiniment petit d’un trait de pinceau et l’infiniment grand d’une gestuelle dont l’amplitude dépasse le cadre, m’expandre et m’incliner, honorer tout ce qui me constitue, me départir de tout jugement, renaître dans un accouchement continué au fil du travail de création, découvrir les espaces d’une archéologie insondable, puis appeler la délivrance, naître une seconde fois, à la Vie plus grande.

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Dans la peinture, je suis active comme le feu qui consume le bois et réceptive comme le souffle d’air nécessaire à la flamme. J’offre à ce feu la matière de ma vie qui donne consistance et réalité à l’être que je suis, à l’œuvre qui prend corps, voile, dévoile, révèle un mystère insaisissable qui appelle mon souffle dans le Souffle.

« L’âme, dit encore François Cheng, élève l’homme à la dignité du créateur, fait jaillir des ténèbres du destin un éclair d’émotion et de jouissance mémorables, une lueur de passion et de compassion partageable. Il tend vers la vie ouverte, en abattant les cloisons de l’habitude et en provoquant une manière neuve de percevoir. »

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Peu à peu, en me laissant conduire dans ce processus, sans vouloir déterminé, je vois apparaître un sens, un dévoilement de mon espace intérieur qui me relie à mon histoire mais aussi à un au-delà de mon histoire, à ce qui m’échappe lorsque l’expression picturale s’ouvre sur quelque chose de neuf, de surprenant, de beau. Je me sens unifiée, je vis un état de joie intérieure, discrète ou éclatante. J’accueille en moi la gratitude, émerveillée d’être vivante, reliée à toute la création, au plus près de la Source.

 

Les mots de François Cheng le disent avec tant de clarté :
« Chaque expérience de beauté, si brève dans le temps, tout en transcendant le temps, nous restitue chaque fois la fraicheur du matin du monde »

Lorsque je crée, je reçois ce que je crée et je suis recréée dans cet acte même de me recevoir créatrice. Quelque chose mystérieusement a été mis au jour. Je découvre que l’âme et le corps sont le réceptacle de la lumière créatrice et que la beauté est inscrite au cœur de tout être.

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